Séance de portrait en studio avec Jean
La photographie de portrait est un art. Il ne s’agit pas tant de maîtriser les paramètres techniques eux-mêmes que d’établir avec son sujet un climat de bien-être qui lui permet de se détendre, de se prêter au jeu et d’oublier l’appareil photo. C’est pourquoi il est impossible d’obtenir de bons clichés dans un court laps de temps. Le modèle n’a pas le temps de se détendre, et le photographe n’a pas le temps de prendre assez d’images pour faire un tri, et un choix, précis et réfléchis. Deux heures sont nécessaires, voire plus, pour que je sois personnellement satisfait de mon ouvrage. Ce temps consacré à la communication avec le sujet est largement récompensé par un travail photographique de qualité, qui se distingue des studios instantanés, à fuir comme la peste, à moins que vous ne soyez que peu exigeant sur la qualité finale.
Lors d’une séance de portrait, il n’est pas rare que je capture au-delà de 300 images, pour n’en garder au final que, quoi? une vingtaine de bonnes, une dizaine d’excellentes.
Dimanche dernier, en studio, en compagnie de mon collègue Marc, nous avons pris le temps de travailler avec Jean que je remercie et félicite pour sa patience et pour s’être littéralement prêté au jeu.
Séance en plan rapproché
Nous avions l’un et l’autre, Marc et moi, deux objectifs bien précis et différents à la fois. Moi, faire une séance en plan rapproché de type head shot afin que mon sujet, un artiste de la scène, puisse obtenir des photos qu’il pourra éventuellement utiliser dans son portfolio. À l’inverse, Marc avait en tête une séance plus libre et créative; il a joué avec Jean pour obtenir des poses insolites qui évoquaient divers sentiments. Vous le constaterez plus loin.
Tous les gens ont un profil différent. La symétrie du visage n’existe tout simplement pas. En portrait rapproché, le jeu consiste à trouver le bon profil afin de mettre en valeur le modèle. Parfois même, c’est une photo de face qui nous apparaît comme étant le bon angle. Jean avait naturellement la propension à faire un rictus du côté droit. Je l’ai capté à plusieurs reprises. Mais il me fallait obtenir d’autres variations de son expression faciale.
L’éclairage en studio donne le ton, fait l’image. Pour ma part, j’adore les fonds blancs. J’aime cette lumière omniprésente. Dans le cas de notre sujet, vu la couleur foncée des cheveux, le contraste est encore plus accentué par ce fond lumineux. Pour l’obtenir, il s’agit d’envoyer sur une toile blanche (ou grise) un éclair assez puissant pour cramer les pixels du capteur sans toutefois faire « baver » la lumière sur le sujet. Voilà pourquoi j’ai bloqué avec deux panneaux noirs la lumière latérale de ces deux flashs (voir set-up plus bas).
Il n’est pas dit toutefois que le fond noir ne donne pas de bons résultats. Dans un pareil cas, afin de détacher le sujet de l’arrière plan, il suffit d’ajouter une lumière de cheveux qui donne cet éclat dans les cheveux et sur les épaules.
Afin d’obtenir un écart de couleur entre le fond et le t-shirt qui était, lui aussi, très foncé, il a été bienvenu, pour ne pas dire nécessaire, de projeter sur la toile arrière un petit coup de flash créant ainsi un faible halo qui fait toute la différence. Il n’y a pas de recette magique. Il n’y a pas qu’une seule recette. C’est au goût et au style du photographe.
Si vous observez la photo précédente, vous remarquez que la lumière principale provient de la gauche. Que cette lumière est moins intense sur la partie droite du visage. C’est voulu et calculé. J’ai utiliser pour ce faire une boîte à lumière rectangulaire à gauche, et un réflecteur sur la droite. Au départ, après quelques tests, j’étais insatisfait de l’intensité lumineuse sur la droite, trop faible. Le réflecteur était trop loin du sujet. Finalement, j’ai littéralement plaqué ce réflecteur sur la cuisse de Jean, qui travaillait debout, afin d’obtenir la bonne dose de rayons réfléchis. Voilà le travail.
Bien sûr, en deux ou trois heures de travail, il est évident qu’il faille prendre des pauses. La chaleur des flashs peut être exigeante si, comme moi, vous souffrez de cette chaleur. Pendant ces pauses, on discute avec le modèle, de tout, de rien, on établit un climat de camaraderie. Et… on change de vêtements. Vous payez pour un service pro, alors il faut que les résultats soient pros. Un fois que le sujet aura quitté le studio, il sera trop tard pour nuancer la séance. Le client aura pour sa part une plus grande palette d’images qui pourront par la suite être utilisées à diverses fins, à des temps différents.
Séance ludique et créative
Faire preuve de folie, s’amuser: pourquoi pas! Marc est entré en scène avec cette idée de faire une séance créative et ludique. Jean s’est prêté au jeu. Évidemment, il est important de déterminer dès le départ de la séance ce jeu entre les personnes en scène. Toutes sortes de poses ont été suggérées. Marc, comme un chef d’orchestre, battait la mesure et Jean suivait les directives du metteur en scène. Voici quelques images.
L’image suivante, croqué par Marc, qui a demandé à Jean de faire un cri silencieux (!), était trop rigolote pour que je ne me prête pas au jeu de la modifier et de lui donner un air encore plus grave et terrifiant. J’ai donc joué sur les contrastes, et je lui ai « zombifié » les yeux. Bon d’accord, c’est moi qui me suis amusé, mais que serait la photographie aujourd’hui si nous ne pouvions pas nous éclater, dites-le-moi?
Le set-up
Pour ceux et celles qui seraient curieux de connaître les différents équipement utilisés, nous avions:
- Selon le set-up 3 ou 4 flashs studio X1600 White Lightning de Paul C. Buff;
- Un réflecteur;
- Une boîte à lumière (softbox);
- Deux boîtiers Canon 5D Mark II;
- Un objectif Canon EF 24-70mm f/2.8L USM.
- Trépieds et rotules.










Avoir mis le derniére image du set est parfait pour mieux comprendre le travail réalisé !